Un musée du café aux Antilles

 

L’HISTOIRE DU CAFE

Légende...

L'histoire du café est parsemée de légendes fantastiques issues de tous les coins du monde. La plus répandue d'entre elles vient du Yémen et raconte comment le café aurait été découvert... par des chèvres! Un jour qu'elles broutaient sur les terres d'un monastère, quelques-unes s'égarèrent. Quand les bergers les retrouvèrent enfin, elles mangeaient les baies rouges d'un petit arbuste et se trouvaient dans un état d'excitation inhabituel. Mis au courant, les moines préparèrent pour eux-mêmes une infusion à base de ces petits fruits rouges et constatèrent bientôt qu'ils se trouvaient dans le même état que les chèvres. Ils prirent alors l'habitude de boire cette boisson étrange qui leur permettait de prier plus longtemps, sans ressentir les effets de la fatigue.

Un jour, une branche couverte de graines se retrouva dans le feu. Constatant l'agréable odeur qui s'en échappait, un moine eut le pressentiment qu'il venait de faire une découverte. Après avoir retiré les graines du feu, il les écrasa et se prépara une infusion noire : le premier vrai café.

... Et réalité

Les origines du café sont nébuleuses, empreintes des mystères des temps anciens. À mi-chemin entre la légende et la réalité, on peut cependant situer la découverte du café en Éthiopie, entre 2000 ans avant Jésus-Christ et 850 après... À l'époque, on se nourrissait ni plus ni moins de café en le transformant en une sorte de bouillie épaisse également composée de graisse animale. Les Éthiopiens auraient aussi, ultérieurement, découvert la torréfaction. Ils seraient donc à l'origine du café tel que nous le connaissons encore aujourd'hui. Puisque le caféier poussait à l'état sauvage en Éthiopie, il a fallu attendre le passage du café au Yémen, vers le 14e ou le 15e siècle, pour voir apparaître une véritable culture du caféier. Et là, c'est l'explosion ! Grâce aux caravanes, tout le monde musulman est bientôt conquis. Les voyageurs européens découvrent avec ravissement ce breuvage noir que l'on nomme chaubé ou chaova et qui « donne du courage et de la vigueur d'esprit ». Ils ne tarderont pas à faire en sorte de pouvoir bénéficier chez eux de cette boisson exquise.

L'importation vers l'Europe

Dès 1570, il était possible de trouver du café à Venise. Cependant, on s'en servait alors davantage comme médicament. Les premières fèves de café sont introduites à Marseille vers 1644. Mais ce sont les grands transporteurs maritimes européens, comme la East India Company et la Compagnie Hollandaise des Indes orientales, qui amorceront le véritable commerce du café en Europe.

En 1658, les Hollandais commencent à cultiver le café à Ceylan avec des plants subtilisés quarante ans plus tôt à Moka et soigneusement cultivés au Jardin Botanique d'Amsterdam. Il ne fallut pas longtemps pour que le Yémen perde le monopole du café et se retrouve bientôt bon deuxième en matière de production. Puis, le café se répandit aux quatre coins du monde. Les Français implantèrent le caféier en Guyane et dans les Antilles en 1723. Puis ce fut au tour des Brésiliens de piller quelques graines de ce côté, en 1727. Les Anglais implantèrent à leur tour le caféier en Jamaïque, puis ce fut Cuba, Puerto Rico, le Mexique, le Guatemala, le Costa Rica, la Colombie, etc.

 Le café sous Louis XIV

Le café fait sa véritable entrée à Paris, en 1669, sous Louis XIV. Le roi lui-même n'apprécia guère son premier contact avec ce « breuvage d'Orient » qui lui avait été présenté par un Turc. Quoi qu'il en soit, le café était vendu publiquement à Paris dès 1672, dans une échoppe de la Foire Saint-Germain. Même si le breuvage avait déjà ses détracteurs et qu'on le vendait à prix d'or, les Parisiens en étaient déjà très friands. Ce n'est tout de même qu'à partir de 1750 que le café se tailla une place de choix auprès des classes populaires.

Entre-temps, Louis XIV s'était vu offrir deux plants de caféier. Le premier mourut mais la légende veut que le second soit à l'origine des plantations françaises dans les Antilles.

Persécutions et interdits

Le café n'a pas toujours eu la vie facile. Partout sur son chemin, il a rencontré des embûches de taille freinant l'expansion de son commerce. Dans la Rome du 15e siècle, le café était considéré comme satanique et on interdisait aux chrétiens d'en boire. Il a fallu que le pape de l'époque, Clément VIII, finisse par apprécier lui-même les charmes de la boisson pour que l'interdit soit enfin levé. En Islam, au 16e siècle, l'émir Khair Bey invoqua les règles du Coran pour interdire à son tour cette boisson « euphorisante ». À Constantinople, les cafés furent fermés.

Dans l'Angleterre du 17e siècle, le café est encore plus populaire que dans le reste de l'Europe. Mais comme ailleurs, le café et les cafés y ont aussi leurs détracteurs. Parmi eux, les femmes. Celles-ci affirmaient que leur homme délaissait leur foyer et leur famille pour les cafés. Elles allèrent jusqu'à réaliser une pétition célèbre contre le café : Women's petition against coffee. En 1676, Charles II ordonna la fermeture de tous les cafés. Devant la réaction de la population masculine, il dut bientôt renverser sa décision. 

L'arrivée du café en Amérique du Sud

Un certain Gabriel-Mathieu de Clieu, capitaine d'infanterie basé à la Martinique, réussit en 1723 à convaincre le jardinier du roi de lui confier un caféier (il y en avait maintenant quatre) pour tenter la culture dans les Antilles. Sur le bateau le conduisant à destination, il veilla jour et nuit sur le précieux plant et partagea avec lui sa ration d'eau. Malgré des tempêtes et des attaques de pirates, il arriva à bon port et transplanta avec succès le caféier. Au bout d'un an et demi, on récolta les premiers fruits qu'on s'empressa de distribuer un peu partout. Au bout de trois ans, la Martinique comptait déjà des millions de caféiers qui avaient aussi fait des petits du côté de la Guadeloupe et de Saint-Domingue.

L'arrivée du café au Brésil, une histoire de vol ?

C'est un lieutenant portugais qui est à l'origine de l'arrivée du café au Brésil. En mission à Cayenne auprès du gouverneur français, il tenta sans succès d'obtenir de lui quelques graines de café. Le gouverneur, évidemment, refusa. Plus tard, le lieutenant accompagna la femme du gouverneur au jardin. On prétend que cette dernière aurait alors cueilli quelques cerises pour les glisser dans les poches du lieutenant. C'était en 1727... Le Brésil débutait sa carrière de pays producteur de café.

 Le café de Colombie, d'abord une punition

En Colombie, ce sont des missionnaires espagnols qui auraient les premiers cultivé le caféier au début du 19e siècle. Et, pour punir les fidèles qui avaient reconnu des fautes en confession, les curés des paroisses leur faisait planter des caféiers au lieu de les obliger à réciter des Ave Maria ou des Pater Noster... Il semble que le pays se soit peuplé de caféiers à une vitesse vertigineuse!