LES CHIFFRES D'AFFAIRES DU TOURISME AUX ANTILLES...

Introduction

1 Le développement des activités touristiques dans les territoires de la Caraïbe s’impose comme l’alternative aux traditionnelles économies de plantation en difficulté. Si les produits de l’agriculture continuent d’être une importante source de revenus pour les Etats de la région, force est de reconnaître que leur déclin se précipite : les derniers marchés protégés s’ouvrent et les microéconomies insulaires sont confrontées à des concurrences internationale et intrarégionale qui les condamnent. Le tourisme, avec ses ressources locales, « si faciles à exploiter », s’impose alors naturellement comme en témoigne la croissance soutenue des flux à l’échelle régionale. Mais derrière la massification des pratiques, se pose la question des logiques d’un développement, centré sur une mono-activité, reproduisant des modèles de développement antérieurs caractérisés par une  fragmentation régionale qui entretient une concurrence exacerbée au profit d’externalités.

2 Dans le cadre de cette réflexion, l’espace considéré, qui couvre l’ensemble des îles et rivages baignés par la mer Caraïbe, convient d’être qualifié de Grande Caraïbe par opposition à l’usage courant du terme de Caraïbe qui se limite aux seuls territoires insulaires de la région. Cet espace peuplé de plus de 300 millions de personnes s’étend sur quelques quatre millions de kilomètres carrés et s’organise autour d’entités territoriales aux statuts divers et aux niveaux de vie des plus contrastés. Sur le plan touristique, cet ensemble régional est perçu comme un marché homogène, identifié à travers les 4 S (Sea, Sun, Sand and Sex), où les nuances intrarégionales semblent bien secondaires. La Grande Caraïbe se caractérise aussi par des logiques et des dynamiques communes: ses territoires, tant insulaires que continentaux, où s’impose le tourisme international, fonctionnent très largement sur le modèle des enclaves touristiques, créées ex-nihilo et caractérisées par des logiques ségrégatives, et sur une conception étroite de la ressource touristique qui mérite d’être reconsidérée.

3 Après avoir caractérisé l’avènement du tourisme de masse dans les Caraïbes, nous proposons de souligner les enjeux et les limites des développements actuels à partir de quelques pistes de réflexion ; ces observations permettront d’insister sur l’intérêt d’un renouvellement des produits (tourisme alternatif, écotourisme) nécessaire pour mieux individualiser des offres qui devraient davantage être conçues à partir des ressources réelles des lieux.  

I. Des flux touristiques significatifs : l’avènement du tourisme de masse dans la Caraïbe  

4 La fréquentation de la Grande Caraïbe peut être évaluée plus de 45 millions de touristes (OMT, 2003), dont 22,2 millions de touristes dans la partie insulaire qui n’en recevait que 3,5 millions en 1970 et 12,8 en 1990 (Caribbean Tourism Organisation, 2002). A ces touristes internationaux séjournant dans la région il convient d’ajouter quelques 4 millions de croisiéristes et plus d’un million de plaisanciers.

5 Les flux touristiques restent modestes à l’échelle mondiale. Mais s’ils sont  bien inférieurs à ceux des grandes régions d’accueil (comme les destinations méditerranéennes) ils doivent être reconsidérés au regard de l’exiguïté de territoires (235000 km2 sur la partie insulaire) et du niveau de peuplement (37 millions d’habitants dans les îles). En outre, compte tenu de l’inégale diffusion des touristes à l’échelle régionale, les pressions sont considérables sur certaines îles et portions de rivages caribéens comme dans les Iles Vierges, à Aruba ou Saint-Martin.  Il est donc nécessaire de développer des indicateurs mieux adaptés à ces réalités géographiques pour mesurer la charge touristique effectif comme l’indice de pénétration touristique [IPT] de McElroy et de Albuquerque (1998).

6 La fin du XXe siècle a marqué l’avènement du tourisme dans les Caraïbes et d’une plus grande diffusion des flux touristiques à l’intérieur de la région. De nouvelles destinations concurrencent désormais des îles anglophones plus anciennement fréquentées : Cuba et la République dominicaine s’imposent avec respectivement des croissances moyennes annuelles de 18 et 11% entre 1995 et 2000. Cuba atteint désormais deux millions de visiteurs contre 340 000 en 1990. Sur la partie continentale, quelques Etats se distinguent par des croissances très soutenues comme le Belize et Panama (plus de 13% de croissance annuelle entre 1995 et 2000). Mais soulignons que dans ces pays d’Amérique centrale, les polarisations touristiques sont localisées sur les littoraux et principalement sur les côtés caribéennes et leurs archipels côtiers. Des liaisons privilégiées s’imposent entre certaines destinations et des métropoles européennes à l’image des Antilles françaises avec les clientèles quasi-exclusivement françaises, les Bahamas avec leur voisin états-unien ou des îles anglophones, comme Sainte-Lucie et la Barbade, qui maintiennent des relations privilégiées avec le Royaume-Uni. Enfin dans ce marché régional partagé entre l’Amérique du Nord et l’Europe s’opère un partage de l’espace entre des destinations destinées à un tourisme de masse (caractérisé par les classes moyennes occidentales) comme la République dominicaine, Porto Rico, Cuba, Aruba et des lieux réservés au tourisme haut de gamme comme Saint-Kitts, Saint-Barthélemy, les îles de la Baie (Honduras).

7 Enfin soulignons que les tensions internationales, qui caractérisent le début du XXIe  siècle (11 septembre 2001, l’Afghanistan, l’Irak, le Proche-Orient Israël – Palestine), et la diffusion d’une menace terroriste multiforme semblent plutôt profiter aux rivages caribéens depuis une douzaine d’années. En cette période où les touristes occidentaux constituent désormais de nouvelles cibles particulièrement vulnérables entre les idéologies d’Huntington (2000) et d'Al-Qaida (Dehoorne, 2003), s’imposent les deux maîtres mots de « safety and security » (Hall, Timothy, Duval, 2003). A l’exception de rares territoires trop instables politiquement (comme haïti), l’ensemble des lieux touristiques insulaires et/ou enclavés de la Grande Caraïbe connaissent une conjoncture favorable. Mais cette croissance de l’activité s’effectue dans un contexte de vive concurrence régionale qui s’explique par les situations de crises sociales et économiques caractérisant ces états en voie de développement.

II. De nouveaux enjeux économiques

8 Le chiffre d’affaires du tourisme international de la région est estimé à 22 milliards de $ US en 2000, soit plus d’un doublement en l’espace d’une décennie. Les emplois touristiques seraient désormais de l’ordre de 2,5 millions (World Travel and Tourism Council 2001) contre  400 000 en 1990 (Gayle & Goodrich 1993). Le tourisme s’affirme donc comme une activité primordiale pour la plupart des économies de la région. Les recettes de l’activité touristique peuvent facilement  couvrir plus de la moitié du PNB comme à Sainte-Lucie (64 %), Antigua et Barbuda (74 %), les Îles Vierges Britanniques (82 %), le record appartenant aux Îles Turks et Caïcos avec 91 % du PNB (soit 329 millions de $ US de revenus en 2000, contre 37 en 1990). Par ailleurs, ces revenus connaissent des progressions significatives dans les nouvelles destinations comme Cuba (1 756 millions de $US en 2000 contre 243 en 1990) ou la République dominicaine (de 900 millions en 1990 à 2 918 dix années plus tard). L’impact du tourisme est considérable pour les économies défavorisées de la Caraïbe. C’est le cas, par exemple, de Panama qui passe de 576 millions de  $ US en 2000 contre 172 en 1990.

9 Au-delà des résultats annoncés, souvent flatteurs pour les gouvernements en place, il convient de reconsidérer la situation comme le suggèrent fortement les réalités sociales du Tiers-monde que découvre le visiteur dès lors qu’il délaisse l’enclave et les circuits touristiques officiels. Le calcul des revenus officiellement annoncés se fonde sur quelques indicateurs insuffisants pour mesurer les coûts et les revenus réels du phénomène touristique. Trois limites retiennent particulièrement notre attention ici :

L’’importance des formules all-inclusive où les parts les plus confortables des revenus reviennent à ceux qui contrôlent le marché  et accompagnent le client depuis son lieu d’achat jusqu’à son lieu de consommation. Ce type de séjour est particulièrement important dans la région.

Le poids des capitaux internationaux qui localement peuvent contrôler plus de 60% des capacités d’accueil. Les Etats développent alors des fiscalités séduisantes pour attirer ses investisseurs notamment en facilitant la mobilité des profits sans contrepartie de réinvestissements. Ces dispositifs profitent également à quelques fortunes locales au capital « flottant ».

Les logiques d’approvisionnement des complexes hôteliers fermés nécessitent également une réflexion : gérés par des services spécialisés, à l’échelle internationale, ils font peu de cas des possibilités d’approvisionnements localement pour privilégier les coûts et la régularité des fournisseurs internationaux. Dans le cas de Sainte-Lucie, ces importations alimentaires, conditionnées et congelées, se traduisent par des pertes financières  équivalentes à 50% des revenus touristiques déclarés (Poon, 1990 ; Wilkinson, 2004)

Ces pistes de réflexions aident à comprendre les difficultés économiques de certaines îles au cœur des dynamiques touristiques : pertes de revenus alors que la fréquentation progresse constamment (Antigua et Barbuda), crise sociale et économique (République dominicaine). Les coûts réels du tourisme sont mal évalués tant au niveau économique, social qu’écologique. Compte tenu des urgences de ces économies en développement, le seul indicateur concret est le nombre d’emplois effectif dans le secteur touristique et la nature et la qualité de ces  emplois doivent aussi  être analysées.

10 En l’état actuel, les logiques économiques de la région s’inscrivent dans un long processus de dominations d’externalités, du système des plantations à la conversion au tourisme. Le tourisme vient donc à la rescousse des économies de plantation en difficulté. Les mécanismes de développement en faveur du tout tourisme s’inscrivent dans le prolongement du cycle des plantations : économies extraverties, contrôle des marchés par des groupes transnationaux et concurrence exacerbée autour d’une monoproduction. Les logiques à court terme ne jouent pas en faveur d’une diversification raisonnée, ni de véritable stratégie de développement et les programmes d’aide au développement soutiennent ces orientations confortées par des investisseurs privés.

III. Pour des pratiques touristiques renouvelées

III.1. Les limites des choix de développements actuels

11 Si l’essor du tourisme de masse ne s’accompagne pas de revenus financiers escomptés, force est de constater que les difficultés d’ordre environnemental sont bien accentuées par l’ampleur des développements touristiques et des processus d’urbanisation qui s’opèrent dans des espaces fragiles. La vulnérabilité du milieu est établie et des études scientifiques démontrent la raréfaction de ressources naturelles, les pollutions avancées de certains littoraux caribéens (Island Resources Foundation, 1996; Saffache, 2000). Nombre de ces territoires insulaires accumulent les décharges à ciel ouvert sans perspective de gestion des déchets (Barbade, Sainte-Lucie). L’urbanisation et les déploiements résidences privés sur les côtes négligent trop souvent les réseaux de gestion des eaux usés. Une réflexion sur les effets de ce tourisme de masse s’impose dans ces milieux marins fragiles entre les rejets d’eau douce de complexes hôteliers sur des écosystèmes jusqu’alors préservés, de l’impact des croisières (Wilkinson, 1999), du mouillage de plaisanciers et des chasses sous-marines dans les milieux coralliens affaiblis.

12 Ces situations conduisent à la fameuse « spirale de la mort » définie par McElroy et de Albuquerque (1998) : l’urbanisation littorale stimulée par les flux touristiques provoque une accumulation de pollutions domestiques qui conduit à la dégradation irréversible de certains lieux très fréquentés comme les plages de Miami Beach depuis les années 1960, de Condado (San Juan) depuis les années 1980. Et le cycle se reproduit implacablement sur d’autres plages de la région. Les nouvelles dimensions de ce tourisme de masse, avec des densités particulièrement fortes sur des portions d’espaces réduites, sont à prendre en considération : l’absence de contrôle des flux, des réglementations contournées, la loi du profit immédiat dans un grand désordre ambiant nécessitent des réponses relevant du domaine politique. S’oriente-t-on vers du « tourisme jetable » comme le suggèrent certains centres de vacances nouvellement ouverts à la République dominicaine ? Les secteurs littoraux se détériorent rapidement sur ces territoires insulaires exigus, aux ressources limitées et dont le milieu biophysique constitue la principale richesse. Le non-renouvellement des ressources pose le problème des choix de développement qui pour l’heure relèvent des seules exigences de croissance économique (Daly, 1990 ; Goodland, 1992).

13 Compte tenu des insuffisances et des limites avérées des modes de développement touristiques qui dominent aujourd’hui, il est nécessaire d’envisager une autre approche qui permette d’une part de mieux intégrer le tourisme de masse à son environnement d’accueil et d’autre part de concevoir de nouvelles prestations qui impliquent davantage les communautés locales. Il est à noter que dans l’espace caribéen en général, l’implication des acteurs individuels et des petits entrepreneurs privés est particulièrement faible dans le secteur touristique. Son développement résulte de mécanismes complexes dont la maîtrise échappe à des populations locales confrontées à l’inflation et à la dollarisation de leurs économies locales, à la fermeture de portions de littoral.

III.2. Les enjeux autour de l’écotourisme

14 Ecotourisme ou pratiques touristiques alternatives, au regard des défis qui doivent être relevés, il est indispensable de proposer de nouvelles pratiques, de nouveaux regards sur les territoires, de concevoir des modes de développements qui répondent aux demandes du moment tout en imaginant d’autres produits. Autant de considérations qui doivent s’inscrire dans la perspective d’un développement plus durable, plus équitable. Le tourisme, à travers la définition de produits plus proches des milieux et des sociétés d’accueil, du type écotourisme, peut constituer une stratégie porteuse.

15 L’écotourisme est une activité naissante, encore marginale dans la Caraïbe. Considérant que ce concept reste ouvert au regard des diverses initiatives en cours, nous retiendrons que l’écotourisme se distingue par le fait que cette pratique s’écarte des modèles consuméristes qui prévalent dans les lieux touristiques, que son empreinte sur le milieu d’accueil doit être des plus minimes, les infrastructures sont réduites au minimum. Les visiteurs animés par une véritable curiosité à l’égard de la destination privilégient des structures d’accueil intégrées dans la société d’accueil favorisant une meilleure circulation des revenus localement. Ces approches constituent une offre alternative qui ne s’oppose pas au tourisme de masse, elle enrichit la destination et contribue à une plus grande diffusion des flux humains dans le territoire d’accueil. Bien conçu, elle peut avoir un rôle économique, écologique et social intéressant permettant notamment d’envisager une réelle « rencontre » si souvent annoncée entre le touriste et l’habitant des territoires d’accueil. A travers les projets d’écotourisme, les sociétés d’accueil peuvent entr’apercevoir la possibilité de proposer d’autres images d’eux-mêmes, de leur lieu de vie, de leur culture auprès d’un public plus sensibilisé. De dépasser une image de la « tropicalité » qui se borne trop souvent au cliché réducteur des « 4 S ».

Conclusion

16 En l’espace d’une décennie, les dynamiques et les enjeux touristiques ont pris une ampleur considérable dans l’économie de la Grande Caraïbe. Certes tous les territoires ne sont pas impliqués avec la même intensité dans ce processus et la diffusion des flux demeure sélective mais la concurrence est forte entre ces pays qui proposent des offres trop souvent réduites à quelques traits d’une tropicalité balnéaire. Le marché du tourisme de masse qui s’impose progressivement avec toutes les limites économiques et environnementales nécessite de reconsidérer les politiques de développement.

17 Les processus de développement touristique s’opèrent ici à travers des fermetures d’espaces littoraux, la délimitation de zones réservées destinées au seul tourisme. Enclavement et ségrégation sécurisent et rassurent les clientèles face aux aléas sociaux, sanitaires, terroristes et internationaux en général.

18 Parmi les clés pour l’avenir, il convient d’envisager de nouvelles approches prenant  mieux en compte les réalités environnementales humaines et biophysiques des espaces considérés. La recherche d’alternatives associant les communautés locales s’impose pour donner une nouvelle dimension au tourisme régional. Cela peut s’opérer à travers des projets d’écotourisme privilégiant des pratiques plus appropriées, plus viables au regard du fonctionnement global de ces sociétés, tant économique, qu’écologique, ou politique (Hall & Lew, 1998).

Bibliographie

- Caribbean Tourism Organization [CTO] (2002). Caribbean Tourism Statistical Report (2000-2001 Edition). St.Micheal (Barbados) : CTO.

- De Albuquerque, K. & Mc Elroy, J-L. (1999). “A longitudinal study of serious crime in the Caribbean”,   Caribbean Journal of Criminology and Social Psychology, n°4, p. 32-70.

- Dehoorne O. 2005. « Le tourisme dans les Caraïbes. Logiques régionales et enjeux environnementaux ».   Terres d’Amérique, GEODE-Khartala, n°5.

- Dehoorne O. 2004. « Tourisme international et risques terroristes.Quelles perspectives pour les pays du Sud ?” in  G.David Espaces tropicaux et risques.Du Local au global. IRD-Presses universitaires Orléans,  pp. 314-327.

- Gayle D.J. & Goodrich J.N. 1993. Tourism Marketing and Management in the Caribbean. London : Routledge.  

- Goodland R. 1992. ‘The case that the world has reached its limits: more precisely that current throughput growth in the global economy cannot be sustained’.   Population and Environment, t. 13, n°3, p. 167-182.

- Hall C.M. & Lew A.A. (eds.). 1998. Sustainable Tourism, A geographical perspective. Haslow : Longman Edit.

- Hall C.M.., Timothy D.J., DUVAL, D-T. 2003. Safety and Security in Tourism. Relationship, Mangament, and Marketing. Co-published   Journal of Travel & Tourism marketing, vol 15, n°2/3/4 2003  and New York : The Haworth Hospitality Press.  

- Island Resource Foundation [IRF]. 1996. Tourism and Costal Resources Degradation in the Wider Caribbean. St. Thomas (IVA) : Island Resources Foundation.  

- McElroy J.L. & de Albuquerque K. 1998. « Tourism penetration index in small Caribbean islands’ »,   Annals of Tourism Research, 25, p.145-168.

- Nicolas F. 2004. Tourisme et environnement : l’exemple de la Martinique. Paris : Editions Publibook Université, collection Aménagement et environnement, 114 p.

- Organisation Mondiale du Tourisme [OMT] (2003). Compendium of Tourism Statistics. Madrid : OMT.

- OMT. 1999. Marchés émetteurs de tourisme. Madrid : OMT.  

- OMT (Edition annuelle). Aperçu Mondial et Actualité Touristique. Madrid : OMT.  

- Saffache P. 2000. Le littoral martiniquais : milieux, dynamiques et gestion des risques. Villeneuve d’Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, 417 p.

- Wilkinson P.F. 1997. Tourism Policy and Planning: Case Studies from the Commonwealth Caribbean. Elmsford (NY) : Cognizant Communications corporation.

- Wilkinson P.F. 1999. « Caribbean cruise tourism : delusion ? Illusion ? » Tourism Geographies 1 (3) : 261-282.  
DOI :  

- World Travel and Tourism Council. 2001. World Travel and Tourism Council, Year 2001. Tourism Satellite Accounting Research (Caribbean), London: World Travel and Tourism Council.

Référence électronique

Olivier   Dehoorne , Fabiola   Nicolas   et Pascal   Saffache , « Pour un tourisme durable dans la Grande Caraïbe »,   Études caribéennes  [En ligne], 3 | Décembre 2005, mis en ligne le 15 avril 2008, consulté le 07 avril 2015. URL : http://etudescaribeennes.revues.org/613  ; DOI : 10.4000/etudescaribeennes.613

Auteurs

Fabiola   Nicolas

Articles du même auteur

Un bilan des enjeux et impacts de l’écotourisme au Costa Rica   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   5 | Décembre 2006

Pascal   Saffache

Université des Antilles et de la Guyane ; Maître de conférence ; Pascal.saffache@martinique.univ-ag.fr

Articles du même auteur

Risk Management and Disaster Mitigation: A Case study Applied to Haïti   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   15 | Avril 2010

Les petites économies insulaires et le développement durable : des réalités locales résilientes ?   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   11 | Décembre 2008

Les facteurs à l’origine de la mise en place d’un Transport en Commun en Site Propre (TCSP) dans l’agglomération de Fort-de-France (Martinique)   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   8 | Décembre 2007

Tourisme, écotourisme et stratégies de développement dans la Caraïbe   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   6 | Avril 2007

Le tourisme dans les îles et littoraux tropicaux : ressources et enjeux de développement   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   9-10 | Avril-Août 2008

Le tourisme international dans le monde : logiques des flux et confins de la touristicité   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   9-10 | Avril-Août 2008

Tous les textes...

Olivier   Dehoorne

Université des Antilles et de la Guyane ; Maître de conférence ; olivier.dehoorne@martinique.univ-ag.fr

Articles du même auteur

Revue   Etudes Caribéennes , dix ans déjà ! Dix ans enfin !   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   26 | Décembre 2013

Zones côtières et changement climatique : le défi de la gestion intégrée   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   26 | Décembre 2013

Lorsque le tourisme se préoccupe de la pauvreté   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   24-25 | Avril-Août 2013

Tourisme et lutte contre la pauvreté : opportunités et défis   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   24-25 | Avril-Août 2013

Tourisme et pauvreté : le champ des possibles   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   24-25 | Avril-Août 2013

Le tourisme dans les îles : contextualiser le projet territorial   [Texte intégral]

Paru dans   Études caribéennes,   23 | Décembre 2012

 

LES CHIFFRES D'AFFAIRES DE LA DROGUE AUX ANTILLES...

Chaque jour, des centaines de passagers en provenance des Antilles sont contrôlés à l'aéroport d'Orly, à Paris. L'objectif : lutter contre le trafic de drogue entre la zone Caraïbe et l'Europe. Reportage au cœur du service des douanes d'Orly.

Les passagers en provenance des Antilles sont contrôlés chaque jour à leur arrivée à l'aéroport d'Orly à Paris. © Laura Philippon

© LAURA PHILIPPON   Les passagers en provenance des Antilles sont contrôlés chaque jour à leur arrivée à l'aéroport d'Orly à Paris.

Il est 9 heures du matin à l'aéroport d'Orly. Après une nuit passée dans l’avion, des voyageurs traînent péniblement leur valise derrière eux. Tous s’avancent vers un filtre de douanes, passage obligé pour quitter l’enceinte de l’aéroport. Les traits des visages sont tirés, les yeux cernés, le voyage entre Pointe-à-Pitre et Paris a duré environ huit heures.

Si certains voyageurs traversent le filtre sans encombre, d’autres sont priés de s’arrêter.  "Par ici, s’il vous plait Monsieur,  interpelle l’un des quatre douaniers présents ce jour-là sur le poste.   Veuillez passer vos bagages dans la machine".  Ricardo s’exécute et pose sa valise sur le tapis. Tout ce qu’elle contient est passé aux rayons X. Penché sur son écran, le douanier scrute le contenu du bagage. Verdict :   "Ok, venez par ici, s’il vous plait. Posez la valise sur la table".

Un douanier de l'aéroport d'Orly passe aux rayons X les bagages d'un passager. © Laura Philippon

© Laura Philippon  Un douanier de l'aéroport d'Orly passe aux rayons X les bagages d'un passager.

Le jeune homme arrive de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Il sort les clés d’un cadenas et ouvre sa valise. En face, le douanier enfile une paire de gants et plonge ses mains dans les affaires personnelles du passager.   "Je vérifie s’il y a un double fond dans le sac, puis je sors tout ce qui me semblait suspect aux rayons X",  explique le douanier en examinant les fruits et légumes ramenés de Guadeloupe.  Ricardo, lui, observe la scène en silence.

Un douanier contrôle la valise d'un passager en provenance de Guadeloupe. © Laura Philippon

© Laura Philippon  Un douanier contrôle la valise d'un passager en provenance de Guadeloupe.

" Vous êtes en métropole pour des vacances ? Vous restez combien de temps ? Où allez-vous loger ? Et vous faites quoi dans la vie ?"  A travers ces questions, l’agent tente de cerner le voyageur et vérifier la cohérence de ses propos. Si les réponses sont évasives, le douanier redouble de vigilance et repose plusieurs fois les mêmes questions.   "Une fois, un passager m’a assuré qu’il allait à Lorient, en Bretagne, faire du ski ! Après plusieurs minutes de contrôle, on a trouvé des stupéfiants sur lui,"  raconte un des douaniers.

Des poulets farcis à la cocaïne

Les réponses de Ricardo, elles, tiennent la route. L’agent des douanes poursuit la fouille des bagages. Il étale, sur la table, les vêtements du jeune homme et les spécialités culinaires de Guadeloupe. Parmi elles, deux "poulets piments" emballés sous vides. Le douanier s’en saisit, les dépose dans un bac et les repasse aux rayons X.

Des poulets sous vides en provenances de Guadeloupe sont passés aux rayons X par un douanier © Laura Philippon

© Laura Philippon  Des poulets sous vides en provenances de Guadeloupe sont passés aux rayons X par un douanier

Rien d’anormal.   "Il y a trois ans, on avait trouvé exactement les mêmes poulets dans une valise,  raconte l’agent.   Mais ils étaient fourrés avec des poches de cocaïne…"  Immobile face à sa valise éventrée, Ricardo se veut rassurant :   "C’est normal les contrôles, les douaniers font leur boulot. Je comprends".  Le sourire est crispé. L’agent des douanes poursuit la fouille, mais cette fois, il ne trouvera rien.   "Merci Monsieur, bonne journée et bon séjour."

Tout objet est susceptible de contenir de la drogue

"La première règle pour nos agents est d’aller au bout  d’un contrôle ,   explique Christophe Bertani, le directeur adjoint des douanes d’Orly.   Un bon douanier est un chasseur, même si le passager s’agace, lui doit aller au bout de son opération et lever ses doutes s’il en a.»

Les douaniers gardent toujours en tête que tout objet est susceptible de contenir de la drogue.   "En début d’année, on a trouvé de la cocaïne dans des avocats. Une autre fois dans des bougies, des conserves de petits pois ou encore à l’intérieur de poissons étripés. On avait dû y mettre les mains !"  se souviennent ces agents qui en ont vu passer des saisies dans leur carrière. Leurs outils de travail ? Une machine à rayons X, de l’huile de coude et un sens de l'observation aiguisé.

Une fois le contrôle terminé, si les douaniers n'ont relevé aucune infraction, le passager quitte l'aéroport. © Laura Philippon

© Laura Philippon  Une fois le contrôle terminé, si les douaniers n'ont relevé aucune infraction, le passager quitte l'aéroport.

Depuis janvier 2014, les services des douanes d’Orly ont réalisé de nombreuses saisies de drogue sur des vols en provenance des Antilles. La zone Caraïbe est devenue une plaque tournante du trafic de cocaïne vers l’Europe. " Entre 2012 et 2013, les saisies de cocaïne à Orly sur des vols en provenance des Caraïbes ont doublé,  explique Christophe Bertani, le directeur adjoint des douanes d’Orly, qui doit pourtant composer avec une réduction de moyens.   L’an dernier, sur les 260 kg de cocaïne saisis à Orly, environ 220 kg se trouvaient à bord de vols en provenance de la sphère Caraïbe."

La zone Caraïbe, plate forme tournante du trafic de cocaïne vers l'Europe

En cause, la proximité de la zone avec les trois principaux pays producteurs : le Pérou, la Colombie et la Bolivie. A eux seuls, ils produisent   "1 000 tonnes de cocaïne par an, dont 200 à 250 tonnes destinées chaque année à l'Europe",  indiquait en novembre dernier (à l'AFP) Simon Riondet, chef de l'antenne Caraïbe de l'OCRTIS - Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants-Antilles-Guyane. La drogue peut transiter par le Vénézuela, vers les Antilles puis l'Europe, ou par le Brésil, vers l'Afrique, puis l'Europe, pour y être revendue entre 35 et 50 000 euros le kilo.
Quelques saisies de cocaïne réalisées par les douanes d'Orly en 2013 et 2014

19,618 kilos de cocaïne saisis sur un voyageur en provenance de Martinique

© Douanes d'Orly

La cocaïne a été retrouvée dans la valise d'un passager

© Douanes d'Orly

Des bougies saisies par les douaniers

© Douanes d'Orly

202 grammes de cocaïne étaient dissimulés dans ces bougies en provenance de St-Martin

© Douanes d'Orly

Le bagage d'un passager en provenance de Pointe-à-pitre est passé aux rayons X

© Douanes d'Orly

A l'intérieur de la valise, les douaniers découvrent 3,232 kilos de cocaïne

© Douanes d'Orly

Des capsules de cocaïne ingérées

La drogue est dissimulée dans des bagages, des valises, des objets, des denrées alimentaires mais aussi dans des personnes, qualifiées de "mules".
C’est le nom donné à un trafiquant qui ingère la drogue pour tenter d’échapper aux douaniers.   "Ce sont souvent des préservatifs qu’ils transforment en capsules remplies de cocaïne et qu’ils avalent pour plusieurs heures,"  explique Christophe Bertani, directeur adjoint des douanes d'Orly. 
Pour les repérer, les douaniers se fient à leur sens de l’observation.   "Si la personne a ingéré des capsules de drogue, elle est souvent éprouvée physiquement. Ses réponses aux questions sont incohérentes. Elle peut aussi transpirer abondamment, dégager une haleine ou une odeur corporelle particulière, décrit l’un des douaniers. Dans ce cas, ils procèdent à un test urinaire dont le résultat est connu en cinq minutes.

Pour quitter l'aéroport, les passagers en provenance des Antilles traversent ce filtre de douanes à l'aéroport d'Orly à Paris. © Laura Philippon

© Laura Philippon  Pour quitter l'aéroport, les passagers en provenance des Antilles traversent ce filtre de douanes à l'aéroport d'Orly à Paris.


Sur le filtre de douanes, les agents soufflent quelques minutes avant le prochain contrôle.  Le temps d’évoquer leur métier.   "Forcément, il y a une forme d’adrénaline quand on sent qu’une prise est possible, qu’il y quelque chose de pas net. Mais quoi… ?"  Si ce jour-là, les passagers sont tous coopératifs, ce n’est pas toujours le cas.

"Pourquoi moi ?" 

"Pourquoi moi ?" c’est la question qui revient le plus souvent,"   affirment les agents. "Souvent, ils disent que c’est parce qu’ils sont noirs qu’on les contrôle. Discrimination, racisme, on est taxé de tout. Il ne faut surtout pas répondre aux provocations,"  insistent les douaniers.   "En même temps, que voulez-vous que l’on dise,  renchérit l’un d’eux.   Je ne suis pas en train de contrôler un vol en provenance de Suède ! Et puis tout le monde y passe, des jeunes, moins jeunes, noirs, blancs…" 

Après environ huit d'heures de vol, les passagers en provenance des Antilles traversent le filtre des douanes © Laura Philippon

© Laura Philippon  Après environ huit d'heures de vol, les passagers en provenance des Antilles traversent le filtre des douanes


Quelques minutes plus tard, Florent (NDLR : le prénom a été modifié) est au filtre de contrôle. Le jeune homme arrive de Guadeloupe et intrigue les douaniers. Son séjour dans l’île a été court et il voyage sans bagage en soute. L’un des agents lui fait signe de s’approcher et contrôle son bagage cabine. Il ne trouve rien dans le sac à dos. Il pratique alors une   palpation de sécurité . Le passager se plaque au mur, mains en l’air pendant que l’agent fait des recherches, par dessus les vêtements, d'éventuelles substances illicites. Toujours rien.

"Ça ne me dérange pas,  affirme le jeune homme.   C’est normal". Âgé d’une vingtaine d’années, Florent reste imperturbable, sûr de lui. Il rappelle que les contrôles sont essentiels pour la sécurité.   "Ok, merci Monsieur. Vous pouvez y aller."  A son départ, l’un des douaniers explique que le profil du voyageur était suspect. Florent était convoqué par un juge, en Guadeloupe, pour trafic de stupéfiants. 

Des faux médicaments ou de la contrefaçon

Sur un banc de contrôle, un Monsieur d’un certain âge regarde sa valise se vider et s’agace poliment  : " Mais quand même... ce n'est rien!"  Le douanier vient de trouver une importante quantité de médicaments. Plusieurs boîtes enveloppées dans du papier. L’homme explique que c’est pour lui.   "On note que la quantité de médicaments qu’il transporte est bien supérieur aux besoins d’un traitement normal de trois mois. Ça peut être des faux médicaments ou de la contrefaçon", explique Christophe Bertani, directeur adjoint des douanes d'Orly. A côté, l’agent des douanes poursuit les questions et le contrôle dans une pièce retirée, à l’abri des regards. Ce Guadeloupéen devrait écoper d’une amende.

Ealors et son maître-chien contrôlent les passagers à l'aéroport d'Orly © Laura Philippon

© Laura Philippon  Ealors et son maître-chien contrôlent les passagers à l'aéroport d'Orly


Les passagers continuent de défiler devant la machine à rayons X, lorsqu'un douanier, maître-chien, s’avance vers le poste de contrôle avec à ses côtés un passager en provenance d’Haïti.   Ealors,  le chien du douanier vient de marquer sa valise sur le tapis à bagages.   "Certains chiens aboient. Ealors gratte le sac et donne des coups de nez", explique le maître-chien qui va contrôler les sacs du voyageur. A l’intérieur, des fruits, des légumes, beaucoup de nourriture et des bouteilles de liquide.

Ealors , le chien des douanes, alerté par l'odeur du cannabis

Les odeurs sont fortes et variées mais le chien est habitué.   "Il peut reconnaître une centaine d’odeurs, parmi lesquelles le cannabis, l’héroïne, la cocaïne, le crack, les amphétamines. C’est plus difficile pour lui de reconnaître les drogues de synthèses," détaille le maître-chien. Les yeux rivés sur le contenu du bagage, il en extirpe un drôle de sac poubelle rempli de poudre.   "C’est une farine de manioc et de maïs aux épices",  explique le jeune homme qui fait remarquer que l’odeur en atteste.   "Et ces légumes, ils sont excellents à manger farcis", poursuit-il.

De la farine de manioc et de maïs ramenée d'Haïti par un passager intrigue les douaniers. © Laura Philippon

© Laura Philippon  De la farine de manioc et de maïs ramenée d'Haïti par un passager intrigue les douaniers.


Après plusieurs questions et un examen approfondis du bagage, le chien continue de marquer les vêtements du passager. Ce dernier avoue alors avoir consommé du cannabis en Haïti, des résidus de graines se trouvent sur ces vêtements. De quoi alerter le chien. L’homme est emmené dans une pièce à l’écart pour une palpation de sécurité. Le douanier ne trouvera rien de plus. Le chien, lui, est récompensé par un jouet en forme d’os " la poupée du chien des douanes", avec laquelle il s’amuse quelques minutes avant de repartir au contrôle.

Il est 11 heures. Alors que de nouveaux vols en provenance des Antilles s’apprêtent à atterrir, un couple de Guadeloupéens referme sa valise en s’attardant avec les douaniers. Leur thermos de thé au gingembre avait intrigué, mais le contrôle n’a rien donné. En vacances en métropole, Claude et son mari Amos, avait prévu du thé pour se réchauffer à l’arrivée à Paris.   "Vous voulez goûter ?"  propose Amos aux douaniers qui déclinent la proposition.

Tandis que Claude reprend les commandes du chariot à bagages, Amos referme son thermos, et conclu :   " Il faut respecter ces contrôles et le travail des douaniers. C’est bon pour nous et pour nos enfants. Nous devons lutter contre le trafic de drogue qui pourrit la Guadeloupe, la France et le monde entier".

La lutte contre le narcotrafic aux Antilles passe aussi par des contrôles en mer. © Marine nationale

© Marine nationale  La lutte contre le narcotrafic aux Antilles passe aussi par des contrôles en mer.

Quelques chiffres

- 7,2 tonnes de cocaïne interceptées par les douanes Françaises en 2013 (+57% par rapport à 2012)
- 260 kg de cocaïne saisis par les douanes de l'aéroport d'Orly en 2013
- 80 % de la cocaïne saisie, à l'aéroport d'Orly, en 2013, provient de la zone Caraïbe
- 60 à 65 euros le gramme, c'est le prix de vente de la cocaïne en France.

Caraïbes : une augmentation du nombre d’armes

On a enregistré une augmentation du nombre d’armes dans les Caraïbes, associée en grande partie au rôle de plus en plus important que joue la région dans le narcotrafic en direction des États-Unis. Ce dernier pays est à son tour le principal fournisseur d’armes dans la région, mais il existe aussi d’autres sources comme les arsenaux constitués lors de conflits, à Grenade dans les années 1980 et, plus récemment, à Haïti. Les inquiétudes sont aussi liées au fait que l’Amérique centrale et les Caraïbes sont les pays qui importent légalement le plus grand nombre d’armes de l’Union européenne en proportion du nombre d’habitants. En Amérique centrale, il s’agit d’un problème particulièrement grave. On y souligne l’existence d’une culture de la violence (ou au moins de l’usage de la violence pour résoudre les conflits), l’importance du crime, la présence d’arsenaux issus des guerres civiles non détruits, à quoi s’ajoute le trafic en provenance du Mexique. Il existe deux dynamiques différentes dans la région : celle du Triangle Nord (Guatemala, Honduras et el Salvador) et celle du reste (Nicaragua, Costa Rica et Panamá). Le Triangle Nord présente des caractéristiques de post-conflit, beaucoup d’armes et un taux d’homicides très élevé. L’un des problèmes centraux est la faiblesse des institutions centrales de contrôle ainsi que la porosité des frontières nord et sud de la région pour le trafic.

Malgré la centralité du thème de la violence en Colombie, les informations sur le trafic d’armes dans ce pays ne sont pas très précises. On a néanmoins détecté un trafic illégal d’armes légères, de munitions de guerre et d’explosifs par petites cargaisons, vers la Colombie et la région andine, depuis trois centres d’approvisionnement : Panamá, Maracaibo au Venezuela, et Manaos au Brésil. Depuis Panamá arriveraient des fusils en Colombie, issus des arsenaux centraméricains ; de Maracaibo, en grande mesure, les détournements des arsenaux vénézuéliens et de Manaos, des armes de fabrication brésilienne en direction de la jungle colombienne. La Colombie et le Venezuela jouent par ailleurs un rôle de premier plan dans la course à l’armement dans la région, raison pour laquelle le destin des armes remplacées y est d’autant plus important.

7 000 à 14 000 dollars

Aussi, les expulsions de Centraméricains ont augmenté de façon exponentielle : on est passé de 10 000 expulsions en 1980 à 138 000 en 2002 et 240 000 en 2005. Ceci est dû en partie à la pression des États-Unis eux-mêmes, mais il existe aussi l’hypothèse de l’extorsion des migrants. On estime que les migrants payent entre 7 000  et 14 000 dollars pour passer aux États-Unis. Suite à la cartellisation de la police mentionnée plus haut, les corps de police censés protéger les migrants seraient responsables ou au moins complices des crimes perpétrés en faisant chanter les migrants et, bien souvent, en les expulsant après les avoir dépouillés de tout leur argent. R.  Casillas, qui a mené des recherches sur ce phénomène, affirme que ces groupes sont invisibles mais qu’ils existent toutefois puisqu’il faut avoir des informations pour planifier, séquestrer les migrants, couvrir les points stratégiques et être complice des forces et des services qui s’occupent du transit.

Dans la région andine et en Colombie, la présence de bandes criminelles liées au trafic de personnes est moins évidente qu’au Mexique, peut-être parce que le pôle d’attraction des États-Unis est plus éloigné ; et pourtant, la Colombie est un nœud du trafic de personnes vers les États-Unis et l’Europe. P.  Dreyfus indique qu’au Brésil le problème est double. Tout d’abord, le trafic sexuel interne, du fait du tourisme sur les plages, et international, avec le trafic de femmes vers l’Europe ; celles-ci rentrent principalement dans le territoire européen par le Portugal. Selon le Bureau international du travail (BIT), cette activité produit un revenu annuel de 8  milliards de dollars. Des études ont montré qu’il s’agit en général de femmes mineures, de faible niveau scolai re, que l’on a fait voyager en les trompant, et qui sont par la suite exploitées. Un deuxième courant de trafic interne a pour objet la main-d’œuvre forcée, esclave, pour les travaux agricoles. Le BIT estime qu’entre 25 000 et 40 000 Brésiliens en sont victimes ; mais le Brésil accueille également des étrangers venus d’Afrique, de Chine, de Corée et de Bolivie à des fins d’exploitation. En Argentine, ces enjeux sont liés au trafic interne d’exploitation sexuelle des femmes, et, de la même façon qu’au Brésil, à la présence de migrants boliviens soumis à un régime d’esclavage au travail.

Dans plusieurs pays de la région, on trouverait donc des réseaux commerciaux liés aux trois dimensions du trafic de personnes, mais ils ne sont pas encore considérés comme des problèmes publics, et passent inaperçus dans l’opinion publique. Cet enjeu a toutefois acquis une certaine importance dans l’agenda politique de quelques pays, en particulier au Mexique.

Orly : 28,5 kg de cocaïne dans la valise d'une passagère arrivée de Martinique  

Une martiniquaise arrêtée en possession de boulettes de cocaïne  

27 kg de cocaïne en provenance de Martinique saisis à Orly  

La valise, en provenance de Martinique, "oubliée" à Orly contenait...15 kilos de cocaïne !    

Nouvelle saisie de cocaïne à Orly en provenance de Martinique    

Orly : Quinze kilos de cocaïne dans les bagages d'une passagère en provenance de Fort de France    

Six kilos de cocaïne en provenance de Martinique saisis à l'aéroport d'Orly